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“Walther Smeitink-Muhlbacher, l’art et le circuit“ (1997)
Textes: Marcel Chevalking
Source: De Gelderlander, le 24 juillet 1997
 
Doetinchem – “Pour moi, le Musée municipal est un site approprié. Ambiance, couleurs, ces vieilles poutres. Ce site me plaît mieux que Groningue ou Arnhem. Je me moque d’ailleurs de leurs commentaires. Il serait temps de secouer cet air d’importance qui colle au “Musée“. Le musée devrait faire partie de notre société, comme un bistro qui sert de lieu de rencontre aux gens, pour bavarder. Dans le Musée municipal, l’accent est mis sur l’ethnographie et moins sur les arts plastiques, peu importe. Il y a les impulsions. C’est tantôt le petit cercle d’artistes-peintres de De Huet, tantôt celui de Smeitink-Mühlbacher, c’est parfait“.
Le Musée municipal établi Grutstraat à Doetinchem a accueilli hier l’artiste/peintre Walther Smeitink-Mühlbacher. Ancien habitant de Doetinchem, il gagne son pain quotidien dans les arts. Il travaille à Arnhem et dans son atelier en Tchéquie. Ses peintures sont faites avec une
“palette de couleurs limitée“: le gris et le marron sont des teintes qui reviennent souvent.  Ses œuvres ont été exposées dans divers pays : Pays-Bas, Allemagne, Belgique, Autriche, Yougoslavie et Tchéquie. Il gère une édition artistique, travaille en partenariat avec la décoratrice d’intérieur Dorien Siebersma, crée des designs pour foyers pour un grand fabricant européen. “Je compte parmi les artistes qui se débrouillent tout seuls. C’est une bonne chose. Je trouve ridicule que les étudiants de l’académie des beaux arts bénéficient de bourses de débutants sans que l’on demande d’autre contrepartie que de “la consommer“. Je ne m’occupe pas du circuit de propriétaires de galeries qui escomptent des frais d’exposition. “C’est un circuit imprégné de commerce. Aux Pays-Bas, il existe un lien très fort entre l’art et le commerce. Personnellement je refuse d’accepter cet état de fait. Je fréquente de moins en moins les galeries, certains exposent de mes œuvres, mais alors il faut que l’on m’invite. Et alors je dépends des collectionneurs. Ils ne sont pas nombreux, mais ça suffit. Et le circuit, je ne m’y oppose pas, je participe en suivant d’autres principes. Parfois, je travaille en parallèle, en organisant moi-même des expositions. Le circuit existe et c’est une bonne chose à mon avis. Il dégage des émotions, de la communication. Il permet aux gens de comparer les œuvres des artistes pour leur conférer une place“.
 
Ulenhof
Après avoir obtenu son bac au lycée Ulenhof (1963), Walther Smeitink-Mühlbacher a suivi les cours du département des arts manuels, histoire de l’art et éducation manuelle et technique à l’Institut de formation de maîtres à Nimègue. De 1985 à 1993, il était professeur au Lycée des arts graphiques établi à Utrecht. “Ma préférence pour l’institut de formation de maîtres au dépens de l’Académie des Beaux arts s’explique par le besoin pédagogique que je ressentais : transmettre l’art du métier. La structure et le cursus de l’institut m’attiraient. Le professeur qui enseignait les arts manuels au lycée Ulenhof, M. Stargardt, homme de peu de paroles, m’a fort inspiré“.
L’institut de formation répondait aux attentes de Walther - “j’ai savouré cette période“ - pour se consacrer par la suite au développement de ses talents artistiques. Après avoir quitté son poste à Utrecht en 1993, il a décidé de gagner son pain comme artiste. L’origine autrichienne de sa mère l’amenait à fréquenter régulièrement ce pays. Il y rencontrait des Tchèques, et “je me suis attardé en Tchéquie“. “A un moment donné, ça commence à bouger et je dois dire que je m’y sentais à l’aise. L’art y est plus intégré dans la vie quotidienne. Chez nous, la musique pop, les arts plastiques et le théâtre sont des entités détachées, la-bas ils constituent une partie intégrante de la vie de tous les jours. En Tchéquie, l’art se situe au même rang que le travail d’un boulanger, un vitrier ou un charcutier. C’est ça que j’aime dans ce pays. Et mon activité à moi n’est pas plus ou moins valorisante que celle des autres, j’essaie seulement de d’exploiter et de développer mes talents personnels. Et en plus je pourrais citer trente-six motifs qui me font aimer ce pays. Trop difficile pour l’expliquer en quelques mots. Pourquoi je ne m’y installe pas ? Je suis marié et ma femme n’aimerait pas y vivre. J’y vais régulièrement pour travailler et faire le plein“. Il se sent en outre attaché à la ville de Doetinchem. “Ma famille y habite, je suis en proie à la nostalgie  quand je passe devant le café “De Poort“, les environs sont jolis et la ville commence à vivre, peu à peu. Ces bistrots ! Enfin le moment est venu de pouvoir prendre un pot dans la rue. Ce qui autrefois faisait partie des scènes quotidiennes dans la Themanstraat et alimentait les ragots populaires, c’est ce qu’on voit aujourd’hui dans la Grutstraat. On a enfin décidé de vivre dans la rue, ici aussi“.
L’exposition présentée au Musée municipal est une rétrospective qui couvre dix années de travail. Pour Walther, ce choix a été réfléchi. C’est sa première exposition dans sa ville natale. “à considérer comme une petite rétrospective“.

Ce qui me passionne c’est la rencontre de la religion avec l’art“ (1995)
Textes: Assia Vermeulen
Source: Gelders dagblad, novembre 1995
 
Wageningen – Le peintre/sculpteur néerlando-autrichien Walther Smeitink-Mühlbacher (1963) présente en exposition ses œuvres à base de matières naturelles et objets les plus récents au café-théâtre “De Harlekijn“ du théâtre “De Junushoff “ dans le cadre du “Café culturel“. On peut voir ses œuvres jusqu’au vingt décembre. Au mois de mars, le musée De Casteelse Poort propose une rétrospective de son œuvre. “Le fait que je porte deux cultures en moi m’a profondément marqué“ dit Smeitink-Mühlbacher en parlant de son oeuvre. « Aux Pays-Bas, je dois presque toujours expliquer les thèmes de mon œuvre, contrairement à l’Autriche et aux anciens pays de l’est, où c’est plutôt rare ».
“En Europe Centrale, les gens reconnaissent davantage mon œuvre quant aux contenus, ambiance et techniques » raconte Smeitink-Mühlbacher. “ Ici l’œuvre d’un artiste suscite d’emblée la question du “pourquoi“. Et bien, c’est demander de lever un pan du voile du secret “nécessaire“ que tout être porte en soi. Si j’avais voulu parler de mes idées, je serais devenu auteur. Ce n’est pas pour rien que je fait de la peinture et de la sculpture ! Dans ces contrées-là, les influences “païennes“ d’origine celte et romaine – considérées comme tel dans l’occident chrétien – que l’on rencontre souvent dans mes œuvres, sont considérées comme un enrichissement de l’art plastique. Dans cette partie de l’Europe, on ne se pose pas de questions à ce propos. “C’est la relation entre la religion et l’art qui me fascine“ continue Smeitink-Mühlbacher. “Pour moi, la religion est liée à l’homme et à la terre. Elle est bien différente de la religion strictement liée à l’église en tant qu’institution. Quant à mes ouvrages à base matières naturelles, on faisait souvent le rapprochement avec les icônes, mais dans une conception abstraite cette fois-ci. Smeitink-Mühlbacher privilégie les teintes de la terre, l’or, le cuivre et l’argent pour peindre ses peintures à matières qui forment des pics, des vallées, des inclinaisons, des courbes et des rayures. Il peint de nombreuses couches qui se superposent en utilisant des matières, la peinture acrylique, la peinture à huile et des pâtes liquides qu’il soumet ensuite à divers traitements à l’aide de couteaux à palette et de brosses et qu’il transforme de ses propres mains. Au dos, ses peintures à matières ne sont pas couvertes et semblent particulièrement transparentes sous les rayons du soleil. L’ordonnance des tableaux est le résultat de figures géométriques et/ou symétriques ou encore d’encoches et nombres récurrents. Parmi ces derniers figurent les nombres de trois, sept, douze et quarante. “Ce sont les nombres qui figurent dans les mythes et contes de fées qui font partie de mes sources d’inspiration“ explique Smeitink-Mühlbacher. “Comme les thèmes de la lutte entre le bien et le mal, le savoir et l’ignorance, l’homme et la femme“.
 
Hermite
Les peintures à matières exposés par Smeitink-Mühlbacher présentent des similitudes lorsqu’on compare les matières utilisées. Le bois, le cuivre, la pierre et la poussière utilisés par l’artiste pour ses objets proviennent entre autres des régions autour de son atelier situé à Groesbeek ou ont été réunis au cours de ses nombreuses pérégrinations qui le mènent à sa deuxième patrie, source d’inspiration permanente pour le peintre. Les objets rappellent les troncs servant de support à des objets taillés dans le bois ou la pierre. « En effet », réagit Smeitink-Mühlbacher avec surprise, « c’est une autre approche. Pour moi, l’offrande est une source d’aide. Faire abstraction d’intérêt propre est pour moi comme une religion ». Une fois réuni ses matériaux, Smeitink-Mühlbacher s’enferme dans son atelier avec tout ce qui lui tombe sous la main à ce moment-là. « Il y a une part d’hermite en moi » explique-t-il, « Je recycle tout. Tout ce qui reste après un processus, le résiduel, lui aussi, a sa part au résultat final. Les résidus et poussières qui restent après la sculpture rentrent dans le mélange avec les matières et les peintures. Mon penchant pour l’apport de ma  « signature », ma texture, ma motricité est lié à mon ancienne profession de professeur au Lycée d’arts graphiques établi à Utrecht et à mon amour de la typographie et de la calligraphie ». « Seulement » souligne-t-il encore une fois « mon message ne se lit pas textuellement. L’observateur « lira » ce qui lui plaira. Je signe mes œuvres non pas au recto mais au verso. Je me vois plutôt comme un passeur d’émotions et d’états d’âme.
 
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